Histoires de voyageuses

Interview : Nastasia, 28 ans, parcourt l’Amérique du Sud au Nord

17 février 2017

Comme tous les vendredis, je vous propose de découvrir aujourd’hui le portrait d’une voyageuse en solitaire. En décembre, nous avions découvert Gaëlle, partie découvrir l’Amérique du Nord au Sud. Cette semaine, nous rencontrons Nastasia, qui est partie à 28 ans parcourir l’Amérique du Sud au Nord .

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Hey ! Moi, c’est Nastasia, j’ai 28 ans et toutes mes dents ! J’suis française, mais je me considère plus comme citoyenne du monde, aujourd’hui. À la base, je suis d’Annecy, en Haute-Savoie. Je suis de formation graphiste print/web et j’ai été freelance pendant plusieurs années… Mais aujourd’hui, je me consacre à ma passion principale : voyager, en slow travel, et je fais les métiers que je peux, tout en postant régulièrement sur mon blog.

Dernièrement, j’ai entrepris le projet un peu foufou de traverser le continent américain de bas en haut : d’Ushuaia vers l’Alaska ! Et actuellement, j’suis à Puerto Natales, au Chili.

Pourquoi, quand et où es-tu partie seule ?

L’idée de partir seule m’a toujours un peu bottée, seulement, je n’osais pas. J’ai été dépressive, avec très peu de confiance en moi. Puis j’ai décidé de guérir, et de grandir. Partir était un défi et aussi une manière d’évoluer, plus en accord avec moi-même. J’avais peur, aussi à cause de tous ces freins qu’on vous impose parce que vous êtes une fille, m’voyez…

Puis, finalement, j’me suis lancée, en sortant peu à peu de ma zone de confort (ou plutôt en l’élargissant) :

  • D’abord je suis partie 10 jours seule en Espagne, avec un aller pour Granada, un passage à Cordoba et un retour partant de Sevilla. Ça m’a forcée à avancer et à bouger ! J’ai d’abord réservé un couchsurfing à Granada pour me rassurer mais à part ça, je suis partie à l’aveuglette.
  • Puis, étant à peu près sûre que voyager seule me plaisait, j’ai vu plus loin : j’ai pris un aller pour le Mexique, et un retour partant du Costa Rica, pour un voyage de… 3 mois. De la même manière, j’ai réservé mon premier couchsurfing et j’ai essayé de planifier… Et en quelques jours, n’arrivant pas à suivre mes plans, j’ai décidé de les abandonner. J’ai donc suivi mon instinct et les conseils des locaux pour me déplacer. Et j’ai abandonné le Costa Rica, car je voulais rester un peu plus longtemps au Nicaragua, et j’avais l’impression de courir !
  • Enfin, en novembre, j’ai pris mon aller simple pour Ushuaia. Et aujourd’hui, je ne peux même plus dire que je voyage : je prends mon temps pour découvrir chaque endroit, m’intégrer, travailler un peu… Et essayer de vivre « à la manière des locaux » ! Je vis sans aucun plan autre que pour la journée ou, éventuellement, à quelques jours près, et je suis les opportunités qui se présentent… C’est une sensation de liberté inestimable !

Comment ont réagi tes proches à l’annonce de ton projet ?

Mes proches ont eu des réactions… hétérogènes. Certains m’encouragent à 200%. Sont fiers de moi. Sont envieux. S’ils recommençaient leur vie, ils suivraient mon chemin.

D’autres, à l’inverse, sont effrayés. Me disent que je suis folle. Que je ne devrais pas. Pour certains, j’ai pris la peine de leur dire que j’étais grande, que j’avais un instinct d’enfer en lequel j’ai une confiance inestimable. Pour d’autres, ça m’a permis de faire le tri !

Peux-tu nous raconter ton voyage ?

Il m’est très difficile de faire un résumé de mes voyages. Depuis avril, j’en laisse des traces sur mon blog. Et aussi, des traces de mon évolution personnelle, qui bouge à vitesse grand V en voyageant seule !

J’ai pu conduire dans une tempête de sable en Arizona. J’ai fui des crocodiles à minuit sur une barque pourrie avec des nicaraguayens. J’ai relâché des bébé tortues luth dans le pacifique, j’en ai vu une adulte pondre une centaine d’œufs. J’ai randonné des volcans. J’en ai vu plusieurs en éruption. J’ai vu des pyramides…

Depuis novembre, j’ai découvert les alentours d’Ushuaïa et, déjà en quelques semaines, je me suis fait des amis là-bas, qui me cherchent du travail pour que j’y revienne et que je m’y installe un temps. J’y ai vu des otaries, des cormorans, et d’autres sortes d’oiseaux. J’ai vu des paysages à couper le souffle et des lumières inimitables. J’ai ensuite traversé le détroit de Magellan, vu des dauphins de commerson, guanacos, ñires… et fait un trekking de folie pour m’éloigner de la foule à Noël, jusque tout en bas du continent américain, en mode Bear Grylls, avec traversée de rivières, ramage sous arbres, escalade de rochers…

Chaque endroit que je traverse est une foule de souvenirs, de rencontres. Et j’ai l’impression qu’ils sont de mieux en mieux ! Mais peut être que c’est moi qui vis juste au moment présent, à 200%… En fait, c’est pas peut-être.

Qu’est-ce qui te plait le plus plu dans ton voyage en solo ?

Ce que j’aime le plus, c’est qu’on est seule quand on le choisit. C’est une opportunité inestimable de grandir. On choisit ce qu’on veut, quand on veut. On apprend à se connaître, à s’écouter, à suivre ses instincts.

Pour moi, il est même quasiment impossible de voyager avec quelqu’un à longue durée, je pense. Je ne sais pas si je ne suis pas devenue trop égoïste, ou trop à l’écoute de moi-même pour accepter de faire des compromis… Il faut que les autres personnes avec qui je partage mon trajet soient compréhensives et acceptent que je veuille rester seule en mode ours pour mieux les retrouver après !

C’est aussi une opportunité incroyable de faire des rencontres. D’apprendre de nouvelles langues. De s’ouvrir à des opportunités qui seraient impossibles à deux ou en groupe.

Est-ce que tu regrettes d’être partie seule ?

NON NON NON ET NON ! Rien de rien, je ne regrette rien ! Tout ce que je suis aujourd’hui, mon évolution, je suis plus qu’heureuse de cette vie, et d’ailleurs, je la poursuis !

Oui, parfois, c’est difficile, de se retrouver loin de ses amis « à long terme » ou sa famille. Oui, parfois, il y a des coups de blues. Mais ce n’est que temporaire.

Et si c’est vraiment trop dur… La seule chose à faire est de s’acheter un billet retour ? Mais je n’ai pas eu besoin de recourir à cet extrême pour l’instant, un simple appel skype suffit. Et finalement, si on les prend avec philosophie, ces moments difficiles aident à grandir. Aujourd’hui, même quand je souffre, j’en « profite ». Car c’est une autre leçon de la vie. Et bizarrement, ainsi, la souffrance dure moins longtemps…

As-tu un conseil pour celles qui hésitent à partir seule ?

Écoute-toi, tes envies, suis ton instinct. Si tu as besoin, fais des petits pas, pour te donner une sécurité dans ton escapade. Commence par aller dans un endroit pas trop loin, pendant pas trop longtemps. Ton instinct devient ton meilleur ami. Et il est bon. Fais toi confiance. Écoute-toi, et tout se passera bien.

Mais ne pars pas en croyant te débarrasser de tous tes problèmes. Essaye de partir libre dans ta tête. Pars sans attendre quoi que ce soit, comme ça, tout peut arriver. Et surtout, t’es forte, t’es plus forte que tu le crois. Fonce.

As-tu comme projet de repartir en solo ?

Au-delà de ça… C’est ma vie d’aujourd’hui. Et je n’appellerai plus ça un « voyage », mais ma manière de vivre.

As-tu un blog / une page facebook / un compte instagram sur lesquels on peut suivre tes aventures ?

Je blogue avec un ton frais – décalé et philosophie positive sur Une fille et le Monde / ma page Facebook / mon compte Twitter / Mon compte Instagram.

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