Histoires de voyageuses

Interview : Gaëlle, 32 ans, 1 an en Amérique du Nord au Sud

16 décembre 2016

Comme tous les vendredis, je vous propose de découvrir aujourd’hui le portrait d’une voyageuse en solitaire : Gaëlle, qui est partie à 32 ans parcourir l’Amérique du Nord au Sud.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Gaëlle, j’ai 32 ans, je suis née à Clermont-Ferrand au cœur de l’Auvergne de parents portugais. J’ai fait une licence L.E.A. (Langues Etrangères Appliquées) puis un master L.E.A. spécialisé en coopération et développement afin de travailler dans des O.N.G. Après plusieurs stages et/ou volontariats (en France, au Brésil, en Inde), j’ai suivi une formation en gestion de projet dans une école « spécialisée » humanitaire/développement (Institut Bioforce à Lyon), qui a été le sésame pour trouver un poste salarié dans une O.N.G.

Depuis 2011, mon job me permet de voyager, ou plus exactement de vivre en expatriation : Tchad, Espagne/Barcelone, Burkina Faso, Mauritanie, Maroc. Dans chaque pays, j’ai essayé de visiter le maximum quand c’était possible (à part le Tchad et la Mauritanie pour question de sécurité…).

De gauche à droite et de bas en haut : La Havane (Cuba) / volcan Poas (Costa Rica) / cité Calakmul (Mexique)

En parallèle, j’ai aussi voyagé pour des vacances / week-ends : Portugal, Espagne, Iles Canaries, Sicile, Belgique, Norvège, Tanzanie / Zanzibar, Cap-Vert. Et pour le boulot, j’ai aussi eu l’occasion d’aller en Afrique du Sud où j’ai essayé de profiter de deux petits jours de visite…

Depuis juin 2016, j’ai commencé un Tour des Amériques d’un an, du nord au sud. En ce moment je suis en Colombie.

Pourquoi, quand et où es-tu partie seule ?

J’ai commencé à partir seule à l’étranger en 2003, pendant mes études, en Angleterre et en Espagne, pour des stages intensifs de langue, où j’étais hébergée chez l’habitant pendant 2 semaines.

J’ai ensuite fait un échange universitaire aux USA pendant 6 mois en 2004. Puis je suis partie pour des stages et volontariats au Brésil (en 2007 et 2009) et en Inde (en 2008) pour 5-6 mois à chaque fois. Ces expériences étaient plus des morceaux de vie à l’étranger que de simples voyages, tout comme les pays où j’ai vécu par la suite pour mon boulot… Je partais seule, mais sur place j’avais la chance de me créer mon « petit monde », avec un mélange d’expatriés et de locaux.

Pour mon Tour des Amériques, l’idée de partir seule a été presque automatique, je ne me voyais pas attendre que des amis soient prêts à partir avec moi… Pourtant, beaucoup d’entre eux me disaient qu’ils rêveraient de partir à l’aventure pendant plusieurs mois… Puis un jour, j’ai décidé que j’avais assez d’économies et j’ai attendu d’être entre deux missions de boulot pour choisir ma date de départ.

Y-a-t-il eu des choses qui t’ont fait peur avant de partir ?

Bien sûr, j’ai eu peur avant mon tout 1er voyage seule. Quand je suis partie en Angleterre pour 2 semaines, j’avais à peine 20 ans et même si c’était juste de l’autre côté de la Manche, je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait, où j’allais dormir, qui j’allais rencontrer, si ça allait bien se passer dans la famille d’accueil, ce que j’allais faire de mon temps libre, etc. Surtout j’appréhendais de ne pas arriver à me défaire de ma timidité, qui était assez handicapante pendant mes années collège / lycée. Pour surmonter ce sentiment de peur, je me suis juste lancée, j’ai accepté de sortir de ma zone de confort et je suis partie avec la boule au ventre mais une fois sur place, ma capacité à me débrouiller et mon envie de découverte ont pris le dessus !

A chaque fois, l’envie de découverte et de se jeter dans l’inconnu était plus forte et je ne l’ai jamais regretté !

Avant mon 1er séjour au Brésil, j’avais bien sûr à nouveau peur de l’inconnu mais aussi du fait que ça soit un pays réputé « dangereux »… j’ai essayé de lire tout ce que je pouvais sur le pays, sur la ville où j’allais, j’ai posé beaucoup de questions à la directrice de l’association où j’allais faire mon stage. Je voulais me rassurer moi mais aussi mes parents… Par la suite, chaque départ a été accompagné de peurs, d’appréhensions, ce qui était normal mais à chaque fois, l’envie de découverte et de se jeter dans l’inconnu était plus forte et je ne l’ai jamais regretté !

Ville de Panama (Panama)

Pour mon Tour des Amériques, ce qui me faisait peur, c’était d’être loin de ma famille et de mes amis pendant toute une année car, jusqu’à maintenant, le plus long était 6 mois… J’avais peur de ne pas m’habituer à un rythme totalement différent : je n’allais plus être expatriée mais voyageuse au long cours… Mais c’était quelque chose dont je rêvais depuis des années, donc là encore, il fallait juste que je me lance !

Et partir « seule » ne m’a jamais vraiment fait peur en soit… Je suis assez solitaire donc j’aime passer du temps avec moi-même et aussi, je me suis rendue compte qu’en voyageant seule, j’étais plus facilement amenée à rencontrer du monde : je me suis surprise à faire moi-même le premier pas dans beaucoup de situations, même si parfois je laisse aussi venir les autres…

Comment ont réagi tes proches à l’annonce de ton projet ?

Quand j’ai commencé à voyager pour mes stages, volontariats puis pour mon travail, mes parents et ma famille proche n’étaient jamais très rassurés. Me voir partir seule, aussi loin et aussi longtemps ne les a pas enchantés au début mais au fur et à mesure, ils se sont faits à l’idée je crois… D’abord parce qu’ils ont vu que je me débrouillais très bien seule, que j’étais prudente et qu’il ne m’était jamais rien arrivé de grave jusqu’à présent (pourvu que ça continue !!). Puis, surtout, ils se sont rendus compte que vivre à l’étranger et voyager seule me rendait heureuse tout simplement ! Et aussi ils n’avaient pas vraiment le choix, je peux être assez têtue.

Mais bien sûr avant de partir, je faisais le maximum pour les rassurer, en leur parlant du pays où je partais, ce que j’allais faire. Quand c’était pour le boulot, ce qui les rassurait beaucoup, c’était que je parte dans un cadre professionnel et donc, sur place, que je sois accueillie et orientée les premiers jours.
Pour mon Tour des Amériques, après un moment d’incrédulité, ils ont avoué que c’était une suite logique à mes choix de vie. Mais ce voyage avait une autre dimension et ce qui les a rassurés, c’était de m’écouter leur parler des préparatifs, de mon itinéraire, mais aussi de savoir que dans plusieurs pays, je connaissais du monde et que je ne serais pas totalement seule. Avant le départ, je leur ai envoyé un mail avec mon itinéraire approximatif, les contacts d’amis ou de connaissances que j’allais retrouver en fonction des pays et depuis que je suis partie, je leur parle presque tous les jours via whatsapp et de temps en temps par skype. Vive internet !

Pour mes amis, ils ont toujours été plutôt contents pour moi, curieux et intéressés par mes destinations, mes ressentis au retour, etc. A l’annonce de mon Tour des Amériques, la plupart n’était pas surpris et se sont montrés très enthousiastes. Certains ont aussi avoué m’envier et être jaloux mais seulement parce qu’ils n’avaient pas le courage de se lancer… Certaines amies se sont organisées pour me rejoindre quelques semaines dans certains pays, au Mexique et en Argentine par exemple.

Qu’est-ce qui t’a le plus plu dans ton voyage en solo ?

Le fait d’être seule donne plus de liberté : choisir son itinéraire, ses activités, son rythme, etc. Après plusieurs jours intenses à faire beaucoup de choses, j’aime souvent avoir quelques jours plus tranquilles. Si on voyage à deux ou en groupe, ça peut ne pas être compatible avec les autres personnes.

Comme je l’ai dit un peu plus haut, je suis solitaire et j’aime être dans ma bulle parfois, c’est moins facile quand on voyage avec quelqu’un, à moins que l’autre ne le comprenne et/ou le soit aussi. Faire une rando ou une visite seule me permet d’avoir mon propre rythme, si je veux m’arrêter 5 ou 40 min à un endroit, je n’ai pas besoin de m’assurer que l’autre est d’accord avec ça…

Chutes du Niagara (Canada)

Voyager seule c’est aussi être plus enclin aux rencontres ! Je me suis rendue compte que je vais plus facilement vers les autres quand je suis seule et, aussi, que les gens viennent plus vers moi si je suis seule, dans la rue, au resto, etc. Mais surtout dans les auberges de jeunesse, en faisant du Couchsurfing et en participant à des activités, on rencontre du monde tout le temps !

Donc pour résumer, je dirais que ce qui me plait dans le voyage en solo, c’est la liberté de pouvoir être seule mais aussi accompagnée si je le choisis.

As-tu rencontré des difficultés en partant seule ?

Il y a bien sûr des inconvénients à partir seule…

Le 1er serait la solitude, car oui j’aime être seule mais parfois c’est un peu pesant : devoir tout faire seule, organiser les trajets, choisir où aller, quoi faire, manger seule, avoir tout le temps ses affaires avec soi et partout, etc. Quand des amies m’ont rejoint au Mexique par exemple, j’ai tout de même apprécié de pouvoir faire des choses à plusieurs, mais surtout de me laisser porter et de suivre pendant un certain temps, tout comme de pouvoir partager sur le moment une expérience et un ressenti du voyage…

Cayo Jutias (Cuba)

Le 2e inconvénient serait que seule, tout est tout de même plus cher… Faire des activités est beaucoup moins cher en groupe et il est aussi plus facile de partager les frais d’hébergement dans certains cas, ou bien de déplacement en louant une voiture à plusieurs par exemple.

Le 3e inconvénient, qui va un peu avec le 1er en fait, serait qu’en étant seule on ne peut compter que sur soi-même, en cas de galère pendant le voyage, en cas de coup de blues, en cas de petite baisse de forme, etc.

Est-ce que tu regrettes d’être partie seule ? Y-a-t-il des choses que tu ferais différemment avec le recul ?

Pas du tout ! Quand je pars pour mes missions à l’étranger, je sais de toute façon que, sur place, je vais rencontrer de nouveaux collègues et peu à peu ré-organiser mon petit monde, avec amis et activités. Mais il s’agit plus ici d’expatriation encore une fois que de voyage au long court.

Prévoir ce voyage m’a aidée à me recentrer sur ce dont j’avais envie : prendre le temps de vivre et de voir le monde !

Partir seule pour ce Tour des Amériques, c’était une évidence, ce projet je l’ai rêvé pendant des années avant de me décider, j’ai lu des tas de blogs/livres et frissonné devant des dizaines de vidéos d’autres voyageurs en solo. Partir seule, c’était aussi retrouver un temps pour moi, c’est cliché mais j’en avais besoin. Après 5 ans de boulot dans mon ONG avec un rythme assez intense et un sens de l’investissement assez usant, il y avait des moments où j’avais l’impression de m’oublier ; prévoir ce voyage m’a aidée à me recentrer sur ce dont j’avais envie : prendre le temps de vivre et de voir le monde !

As-tu une anecdote ou une rencontre particulière que tu aimerais raconter ?

Des anecdotes il y en a des dizaines… Des rencontres aussi, que ça soit avec d’autres voyageurs, en passant des heures à parler de nos expériences, en échangeant des conseils, en partageant un bout de route ensemble, mais aussi avec les locaux en étant hébergée en Couchsurfing, en allant dans les marchés, en sortant dans les bars et restos moins touristiques, et parfois juste en marchant dans la rue !
Pour ce Tour des Amériques, j’ai la chance de ne pas avoir de barrière de la langue, parlant anglais, espagnol et portugais, donc ça facilite vraiment les échanges.

Coucher de soleil sur Carthagène (Colombie)

Plusieurs rencontres m’ont vraiment marquée à Cuba par exemple où en étant hébergée dans les casas particulares (chez l’habitant), j’avais à chaque fois l’impression de trouver une nouvelle famille, de partager des moments simples avec eux et d’avoir la possibilité de discuter plus en profondeur de Cuba, de la société cubaine et des changements passés/futurs. A Santiago, le voisin de la famille m’a tenue en haleine pendant des heures en me parlant de son expérience pré et post-révolution, c’était tout simplement passionnant !

As-tu comme projet de repartir seule ?

Bien sûr ! Je ne suis qu’au 5e mois de mon Tour des Amériques et je prévois de voyager encore pendant 7 mois ! Et après ce tour, j’aimerais bien faire le Tour de l’Asie et de l’Océanie dans quelques années ! Et entre temps, je rependrais mes missions en expatriation, tout en continuant à voyager dès que ça sera possible !

As-tu un conseil pour celles qui hésitent à partir seule ?

C’est normal d’avoir peur, d’appréhender l’inconnu mais c’est aussi génial de se rendre compte qu’en voyage on n’est jamais seule et qu’être seule c’est plus de liberté.

En fait, il faut juste se lancer, oser sortir de sa zone de confort et savoir qu’une fois dans le voyage, la peur s’envole assez vite grâce aux découvertes et aux rencontres !

As-tu un blog ou une page facebook sur laquelle on peut suivre tes aventures ?

J’ai écris des blogs pour presque chaque expérience à l’étranger, sans vraiment penser dès le début à utiliser le même, en l’enrichissant et l’améliorant au fur et à mesure…

Pour mon Tour des Amériques, j’ai fait la même chose mais avec l’idée au retour de l’enrichir avec le contenu de mes anciens blogs… Donc actuellement, même si je suis assez en retard sur mes récits de voyage (car j’ai du mal à trouver le rythme entre profiter du voyage et écrire le blog…), vous pouvez me suivre ici :

Mon blog : Voir de quoi est fait le monde / Ma page Facebook / Mon compte Instagram

Voyageusement !

Vous pourriez aussi aimer

2 Commentaires

  • Répondre InspiFancy 16 décembre 2016 at 13 h 13 min

    Coucou,

    C’est courageux de partir seule mais tu as du en prendre plein les yeux !

    A très vite sur nos blogs.
    Bisous 🙂
    Sarah et Solène d’InspiFancy

  • Répondre Patricia 29 décembre 2016 at 16 h 06 min

    Bravo chère Bouklett j’ai entendu souvent parler de vous et de vos perigrinations par Marie Charlotte et Adrien , je vous souhaite encore plein de belles rencontres dans les mois à venir .Patricia (maman d’Adrien)

  • Répondre