Histoires de voyageuses

Interview : Edith, 35 ans, backpackeuse « Taille Plus »

3 février 2017

Comme tous les vendredis, je vous propose de découvrir aujourd’hui le portrait d’une voyageuse en solitaire : Edith, 35 ans, qui est partie découvrir un bon paquet de pays ! L’expérience d’Edith est plus qu’intéressante, puisqu’elle parcourt le monde en solitaire et donne des conseils en tant que backpackeuse « Plus-Size » sur son blog. J’espère que son interview (et son blog, que vous pourrez retrouver plus bas) vous montrera que RIEN ne doit vous empêcher de partir voyager !

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Edith, 35 ans, originaire de Matane, en Gaspésie, dans l’est du Canada. Je suis installée à Montréal depuis bientôt 17 ans (j’y suis venue originalement pour mes études universitaires, mais j’ai adopté la ville dès mon arrivée. Quand j’y ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, ç’a un peu scellé mon destin dans la métropole québécoise… du moins, pour le moment !).

J’ai complété un diplôme collégial en Lettres & langues suivi d’un baccalauréat (diplôme universitaire de 1er cycle) en journalisme avec spécialisation en histoire de la Deuxième Guerre et en histoire médiévale de l’Europe occidentale (très Indiana Jones, je sais. Faut blâmer mon grand frère !). Je travaille présentement au gouvernement canadien, dans le domaine médico-légal, auprès d’anciens combattants et militaires. En octobre dernier, je revenais du Pérou, mon 15e pays en 7 ans (dont 8 en solo).

En 2013, j’ai fondé le blogue « La backpackeuse taille plus » dans lequel j’aborde les défis auxquels les voyageur.euses en surpoids sont confronté.e.s. J’y partage aussi des trucs et des découvertes qui aident à voyager léger, peu importe sa taille !

Pays visités à ce jour :
– États-Unis (Louisiane – 2009, Massachusetts – 2012, Nouveau-Mexique & Arizona – 2015)
– Mexique (Yucatán) – 2011
– Guatemala – 2013
– El Salvador – 2010
– Angleterre – 2011
– Écosse – 2011
– Irlande – 2011
– Irlande du Nord – 2011
– Pologne – 2015
– Hongrie – 2014
– République tchèque – 2014
– Autriche – 2014
– Pérou – 2016
– Inde – 2012
– Cuba – 2010

Pourquoi, quand et où es-tu partie seule ?

Mon premier voyage en solo (printemps 2011) commençait en Angleterre, passait par l’Écosse et l’Irlande du Nord pour se terminer en Irlande.  J’ai aussi voyagé seule au Yucatán (Mexique – 2011), au Guatemala (2013), en Pologne (2015) et au Pérou (2016).

J’ai fait le choix de partir seule car c’est souvent un défi de trouver des gens qui partagent les mêmes choix de destination ET les mêmes périodes de vacances que moi ! Comme je ne veux pas être à la merci des vacances et des intérêts des autres, j’ai décidé de ne plus attendre après les autres ! Je fais l’ensemble de mon planning moi-même, incluant mes réservations (transport, hébergement, excursions), armée de guides de voyages et de Google !

Y-a-t-il eu des choses qui t’ont fait peur avant de partir ?

On doute toujours un peu… non ? C’est un signe d’un esprit sain, je crois ! Savoir que je  serais confrontée à des défis supplémentaires, étant dodue (ex. transport, impossibilité de trouver des vêtements sur place, difficulté de trouver de l’équipement adapté à ma taille, les réactions et commentaires des gens, etc.) m’a fait un peu peur au début. Et à ça s’ajoute les défis auxquels toutes les voyageuses sont confrontées (sécurité, santé, etc.) (la bonne nouvelle, c’est que mon poids n’est plus un stresseur, mais plutôt une source d’inspiration pour mon blogue, « La backpackeuse taille plus » !).

Être une voyageuse en surpoids ça veut dire, par exemple, que mon allocation bagage est la même… même si mes vêtements sont deux fois plus grands que ceux d’une personne dite « standard » (à grands coups de créativité, j’ai finalement réussi à trouver un sac qui serait accepté en cabine et dans lequel je pourrais transporter ce dont j’avais besoin…) !

Comment ont réagi tes proches à l’annonce de ton projet ? Comment les as-tu rassurés ?

Je n’étais pas exactement perçue comme étant l’aventurière de la famille, à l’époque, alors ç’a causé la surprise chez beaucoup de gens autour de moi… !

Comme j’ai commencé à voyager en solo à 30 ans, je crois que ma famille et mes proches étaient moins inquiets que si je l’avais fait 10 ans plus tôt. Quand je suis sur la route, j’essaie d’écrire régulièrement sur les médias sociaux. Comme ma mère le dit avec plein de sagesse… « Si tu as le temps d’écrire des folies sur Facebook, c’est que tout va bien ! »

Mes parents, même s’ils semblent s’inquiéter moins qu’avant, s’en font encore un peu, mais je crois qu’ils ont aussi confiance en ma débrouillardise et qu’avec le temps, ils ont constaté que je suis prudente et que je gagne en expérience.

Mon conjoint me supporte beaucoup dans mes voyages et m’encourage à découvrir la planète… Fait cocasse : il n’aime pas vraiment voyager, encore moins en backpack, alors on fait un drôle de couple ! On prévoit quand même faire quelques destinations tous les deux, notamment en Afrique…

Peux-tu nous résumer tes voyages ? As-tu une anecdote ou une rencontre particulière que tu aimerais raconter ?

En voyage, je fais un « savant » dosage d’activités touristiques classiques et d’autres trucs moins communs, question d’équilibre. J’aime me mélanger aux locaux et sortir des sentiers battus, comme beaucoup de mes consœurs aventurières ! J’aime bien la randonnée pédestre aussi, et j’essaie d’inclure de la marche pour profiter du grand air et prendre une pause des villes qui peuvent rapidement devenir étourdissantes.

J’ai visité des refuges pour animaux à deux reprises, au Guatemala (pour les chiens abandonnés) et au Pérou (pour les animaux de contrebandes saisis) et j’ai trouvé ces expériences vraiment fascinantes…

Sinon, j’aime bien entrer dans les églises et cathédrales qui croisent ma route ; j’adore leur architecture et l’iconographie qu’on y trouve… J’ai fait irruption au milieu d’une messe à quelques reprises ! J’ai même déjà assisté à une messe en polonais, en attendant la fin pour pouvoir faire des photos, après coup ! Je vous dis pas ma surprise quand j’ai vu une nonne filer en douce après la communion… !

Étant fascinée par les cultures maya et inca depuis toujours, mes visites des ruines de Tazumal, Chichen Itza, Tikal et Machu Picchu ont été particulièrement marquantes. J’ai même écouté la chanson-thème des « Mystérieuses Cités d’Or » (la raison de ma fascination pour les cultures pré-colombiennes !) en plein milieu de Machu Picchu, et ç’a m’a valu quelques larmes de bonheur !

J’ai assisté au rituel « Ganga Aarti » sur les bords du Gange, à Varanasi… sans doute le moment le plus mystique de ma vie ! Il s’agit d’une cérémonie durant environ 2 heures et qui se tient après le coucher du soleil  au cours de laquelle les hindous font des offrandes de feu, notamment en déposant de petits lampions flottants sur le Gange, en hommage à la déesse Ganga.

Je ne boude pas les attractions majeures… Il y a une raison pour laquelle tout le monde visite Machu Picchu, Stonehenge, certains musées… c’est parce que ça vaut le coup !  Par contre, j’aime bien prendre une pause des files interminables et des masses… ça épuise !

Côté rencontres, j’ai fait la connaissance de gens extraordinaires au cours de mes voyages. Dans beaucoup de cas, j’ai eu la chance de revoir ces gens par la suite. J’aime bien le milieu backpacker  car les gens y sont souvent incroyablement cool. Un milieu néo-hippie ! Vivre en tant que femme en surpoids implique beaucoup de préjugés dans la société en général, mais l’ouverture, le côté un brin bohème et la quasi-absence de jugement sur mon physique rencontrés chez beaucoup de gens croisés en hostels m’offrent un répit qui, ma foi, est fort agréable !

J’ai rencontré plusieurs personnes en route que j’ai revu lors d’autres voyages. Je pense notamment à Julie, une américaine rencontrée en Irlande que j’ai revue à Montréal et avec qui j’ai fait un roadtrip dans le sud-ouest des États-Unis en 2015. Et ces trois Allemandes – Franziska, Maggie & Anna – connues en Inde en 2012 et retrouvées en Pologne en 2015… Et cette autre Anna, rencontrée le premier jour de mon premier voyage en solo, en Angleterre, en 2011. Elle connaissait très bien Londres et, avec elle, j’ai traversé Abbey Road (comme la pochette de l’album des Beatles !). Et les quatre Nancéens du Pérou qui aimeraient bien que j’aille leur faire un coucou en France… (Je compte bien mettre ce plan à exécution dans les prochaines années !).

Et il y en a tant d’autres ! Fernando, Meg, Justin, Armando, Mayita, Francesca, Elif, Chloe, la gang d’Arequipa…  sans oublier la (très sympathique) secrétaire américaine de l’Intérieure Sally Jewell !

Qu’est-ce qui t’a le plus plu dans ton voyage en solo ?

Les rencontres faites en route… et le fait que JE décide de mon horaire ! Je choisis mes moments de solitude et ceux passés avec d’autres, ce que je veux faire, quand je veux le faire et combien de temps j’y passe, à quelle heure je me lève/couche…

Quand j’étais au Machu Picchu, j’ai passé pas loin de 2 heures au même endroit pour réussir à faire LA photo que je voulais faire, à cause des nuages, des groupes de touristes, etc. Après 30 ans à rêver d’y aller, je ne voulais lésiner sur RIEN ! Sauf que ce n’est pas évident de trouver quelqu’un qui partage nos intérêts à ce point ! Je crois que voyager seule, ça évite des frustrations sur beaucoup d’aspects. En étant deux ou plus, on essaie de tout faire ensemble (resto, activités, etc.) et, si le budget, les intérêts ou les styles de vie s’entrechoquent (ex. matinal VS. oiseau de nuit), ça peut carrément gâcher le voyage !

Je ne crois pas que les voyages en groupe soient voués à l’échec par contre ; j’ai rencontré des groupes d’amis qui voyagent ensemble et s’entendent à merveille !

Voyager seule, ça me permet de passer du temps de qualité avec… moi-même ! Étant en couple depuis plus de 10 ans et ayant une vie sociale très animée, mes voyages en solo sont autant d’occasions de prendre du temps pour moi. Et quand j’ai envie de me joindre aux gens, c’est souvent plus facile parce que je suis seule, et particulièrement parce que je suis une femme ! Les gens n’ont pas « peur », ne se méfient pas vraiment d’une femme seule ! Voyager en solo nous rend plus facile d’approche et ça facilite les invitations des locaux et des autres voyageur.euses.

Est-ce que tu regrettes d’être partie seule ?

Aucun regret… à part peut-être de ne pas avoir commencé plus tôt !

C’est clair qu’il faut être particulièrement prudente quand on est une femme qui voyage seule, mais on développe vite son flair et rapidement, l’instant de survie devient quelque chose de naturel, un peu comme un sixième sens. Je suis devenue comme Jean-Claude Van Damme… JE SUIS AWARE ! Ha ha !

Je me suis déjà retrouvée coincée sur un site situé à l’extérieur d’une petite ville de Mazurie, en Pologne, car aucun taxi ne voulait venir m’y chercher. Un bon samaritain, qui travaillait comme guide sur le site, a bien voulu me reconduire en ville et il a refusé que je lui paie quoi que ce soit en échange ! Il m’a même aidée à trouver une petite épicerie où je pourrais acheter de quoi manger. C’est la première fois que j’ai fait quelque chose qui s’apparente au stop à l’étranger – je n’avais pas trop le choix – et cette fois-là, j’aurais clairement eu moins peur si je n’avais pas été seule.

Et John, cet Américain rencontré au Guatemala.  Il a sorti tout ce qu’il avait dans les poches pour me payer un nouveau billet de bus, après qu’on ait réalisé qu’on m’avait arnaquée et que mon billet était un « faux ». John savait très bien qu’on ne se reverrait jamais et que ce qu’il m’offrait serait un don. Pourtant, il n’a pas eu une seconde d’hésitation (finalement, je m’en suis bien sortie – avec mon propre argent – pour ceux qui s’inquiètent).

À quelques autres reprises, des « anges gardiens » ont croisé ma route, et je me fais toujours un devoir de les remercier dûment et de leur dire que, grâce à eux, les femmes comme moi peuvent voyager seule et demeurer en sécurité.

As-tu un conseil pour celles qui hésitent à partir seule ?

Commencez doucement ! Mon premier voyage en solo était au Royaume-Uni… pas dans une zone de guerre ! Partez une semaine dans un endroit qui n’est pas réputé pour être dangereux.

C’est aussi bon de se rappeler que, peu importe où l’on est, il y aura toujours un peu de danger.

Les rues, la nuit, c’est aussi risqué ailleurs, mais chez soi aussi. Choisir une destination qui n’est pas trop différente au niveau linguistique, culturel, etc., on s’évite des chocs trop intenses !

Pour toutes les filles et femmes rondes qui se demandent si c’est pour elles, le voyage en solo, le backpacking… Arrêtez de vous poser la question, parce que la réponse c’est OUI ! Ça demande un peu plus d’efforts et d’imagination, mais c’est possible, croyez-moi. Votre taille ne devrait pas dicter ce que vous pouvez faire… laissez-vous plutôt guider par vos envies !

Et puis, même si, techniquement, je pars seule, je ne suis pas si souvent seule, dans les faits. En fréquentant des auberges de jeunesse, c’est tellement facile de faire des rencontres. J’ai rencontré Anna le premier matin du premier jour de mon premier voyage en solo !

Question planification, je crois qu’il faut être aussi réaliste et se laisser assez de temps libre. Je me répète souvent « Pas plus qu’une activité ‘réservée’ par jour », même s’il s’agit d’un truc qui ne semble durer que quelques heures. On ne sait jamais ce qui nous attend, qui on va rencontrer, les découvertes qu’on fera… et ce serait dommage de passer à côté d’une belle expérience parce qu’on a trop planifié serré !

J’aime bien feuilleter le livre « 1000 Places to See Before You Die » (« Les 1000 lieux qu’il faut avoir vus dans sa vie ») de Patricia Schultz avant de partir quelque part, pour l’inspiration et faire des découvertes. C’est un de mes livres de voyage favoris et j’adore le feuilleter, question de rêvasser un peu…

As-tu comme projet de repartir en solo ?

Définitivement ! Pour moi, partir seule, c’est devenu la norme. C’est le fait de partir avec d’autres qui m’est inhabituel ! Depuis que j’ai adopté le voyage en solo, je trouve que c’est plus facile de partir seule qu’à deux ou plusieurs, même si ça implique de faire tous les préparatifs et les recherches moi-même. De toute façon, les préparatifs et les recherches, ça fait partie de l’anticipation et ça ajoute à l’expérience, alors… je ne m’en plains pas trop !

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