Histoires de voyageuses

Interview : Clémentine, 25 ans, 20 jours à Cuba

2 décembre 2016

Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je vous présente Clémentine, la première voyageuse solo qui a accepté de répondre à mes questions. J’espère qu’elle fera partie d’une longue série et qu’elle encouragera certaines d’entre vous à partir découvrir le monde !

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Clémentine, 25 ans, je suis étudiante en psychologie et je suis actuellement un DU en criminologie. Je suis née à Rennes mais j’habite à Paris depuis mes trois ans. Parisienne refoulée, je dis à tout bout de champ que je suis bretonne ! Avant de reprendre mon master de Psychologie, j’étudie pendant un an la Criminologie et je profite de mon emploi du temps léger pour m’organiser des voyages ou des week-ends. Avant mon premier voyage solo, je me suis aventurée en Europe avec un(e) ou plusieurs ami(e)s : Dublin et sa région, Lisbonne, Barcelone, Angleterre et France. Lorsque j’étais plus jeune, je suis allée plusieurs fois avec mes parents en Tunisie, Turquie, Sicile, Chypre et Maroc.

Pourquoi, quand et où es-tu partie seule ?

En juin 2016, après avoir validé ma licence de Psychologie, je suis partie seule durant 20 jours à Cuba. J’ai pris mes billets d’avion en décembre 2015, mon voyage tombait pile sur les dates de rattrapages de partiels. Dans ma tête, ça a été : « Tu veux voir autre chose, respirer, découvrir ? Alors, valide ta licence et là tu pourras être fière de toi ! » Et, c’est ce qui s’est passé. Durant le second semestre, j’avais la boule au ventre à l’idée de devoir annuler à la dernière minute si je devais passer les rattrapages mais j’ai réussi à me convaincre de travailler comme une acharnée pour profiter de ce voyage. Et cela a payé, j’ai eu la meilleure moyenne sur mes cinq années de Licence (oui, cinq, bonjour les redoublements en pagaille !), j’ai validé ma licence, j’ai pris mon sac et je me suis envolée ! J’ai visité la partie Ouest de l’île : La Havane, Viñales, Varadero, Matanzas, Cienfuegos et Trinidad.

De gauche à droite : Balade le long du Malecon au coucher du soleil (La Havane) – Quand la ville et la nature se rencontrent (Trinidad) – Le calme et le charme de la campagne (Viñales)

Cela faisait de nombreuses années que je désirais partir à Cuba. Pourquoi ce pays en particulier ? Je suis tombée amoureuse de sa musique au collège. Cela peut paraître simplet mais ça m’a ouvert les oreilles et l’esprit. Puis, je me suis renseignée, j’ai farfouillé, je me suis documentée et j’ai fini par m’y résoudre : je voulais partir là-bas. Tout est venu d’un simple petit morceau de musique qui m’a fait voyager et, une dizaine d’années plus tard, j’étais dans mon siège d’avion à attendre le décollage.

Y-a-t-il eu des choses qui t’ont fait peur avant de partir ?

Beaucoup de choses m’ont fait peur avant de partir et je pense que la peur m’a rendu un plus forte et un peu plus motivée chaque jour. Tout d’abord, j’ai eu peur de partir seule, tout simplement. Je me suis demandée plusieurs fois comment j’avais pu avoir cette idée folle : « Que se passera-t-il s’il m’arrive un problème ? Je serais à plusieurs milliers de kilomètres de la France ! » Je me rassurais en me disant que j’ai toujours été débrouillarde, beaucoup plus que mon frère aîné. Mais tout de même, Cuba c’est loin ! Alors, je me suis réconfortée en tournant ces questions dans ma tête et en admettant que si j’avais pris ces billets d’avion, c’est que je voulais partir. Sur un coup de tête, très certainement, mais je voulais partir. J’ai réussi à comprendre que j’en étais capable, que j’en avais envie et que je ne le regretterai pas. Préparer mon voyage a été la plus belle des thérapie : acheter mon premier sac à dos, acheter mes premières chaussures de marche, me faire rêver en parcourant mon guide du voyage, acheter tout ce qu’il me fallait pour ma trousse de médicaments, me renseigner auprès du groupe facebook et sur des blogs voyages, commander mon visa, etc.

Si j’avais pris ces billets d’avion, c’est que je voulais partir.

Ensuite, j’ai eu peur de me retrouver dans des situations compliquées au niveau du logement sur place. Je refusais de tout réserver à l’avance et donc me retrouver « coincée » dans une ville qui ne me plairait pas mais je n’avais pas non plus envie de me retrouver à la rue. Avec ma mère qui s’inquiétait pour moi, j’ai trouvé le bon compromis pour nous rassurer toutes les deux : j’ai réservé mes deux premières villes. On m’avait expliqué que les habitants étaient très accueillants et aidants alors j’ai eu l’espoir que tout irait bien pour moi et que je trouverai une famille pour m’aider à organiser mon voyage !

Et, finalement, la petite peur classique : l’aéroport. Et oui, tout bêtement, j’avais qu’une trouille terrible : rater mon avion, rater ma correspondance, me perdre dans l’aéroport de ma correspondance, devoir trouver ma casa une fois arrivée à l’aéroport de La Havane. Pour cela, je n’ai rien pu faire pour passer outre : je me suis donnée un coup de pied bien placée et j’y suis allée « au talent ». Résultat : correspondance annulée après 3h de vol, retour à Amsterdam et hôtel pour une nuit. J’ai beaucoup pleuré et ça m’a fait du bien. Grâce à ça, j’ai pu évacuer tout le stress accumulé depuis plusieurs mois et je suis repartie du bon pied !

Comment ont réagi tes proches à l’annonce de ton projet ?

Ma mère était catastrophée, retournée, inquiète, traumatisée, et j’en passe ! Mon père, avec son habituelle tendance à être beaucoup trop neutre, n’avait pas vraiment d’avis sur la chose et était content que sa fille s’émancipe un peu. Alors, évidemment, il a dû prendre parti du côté de ma mère (on voit qui porte la culotte dans la famille, hein ?).

Alors a commencé tout un travail de plusieurs mois pour rassurer ma mère : lui montrer mes billets d’avion aller ET retour, mes premières réservations de casa. Je lui ai aussi expliqué tout mon parcours, chaque ville étape où je resterais : grâce à cela, elle savait où je serais tel jour. Cela l’a un peu rassurée, mais l’inquiétude d’une mère ne peut être effacée.

[Anecdote rigolote : Mes parents ont choisi Cuba comme destination de voyage cet été-là ! Étonnant, n’est-ce pas ? J’ai donc passé une journée à leur hôtel et eux ont passé deux jours dans une de mes casa !]

Mon copain de l’époque était plutôt fier de moi et il m’encourageait beaucoup dans cette voie. Mes deux meilleures amies étaient heureuses pour moi mais je les sentais inquiète et, cela, je le comprenais parfaitement. A contrario, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre la réaction de mes amis de faculté qui me donnaient l’impression d’être inconsciente, mais je suis très facilement passée outre grâce à l’appui de mon compagnon et de mes deux meilleures amies. !

Qu’est-ce qui t’a le plus plu dans ton voyage en solo ?

Lors de voyage entre amis, je fais partie de ces personnes qui ont le guide de voyage dans les mains, en proposant des sorties ou balades à faire, complètement excitée à l’idée de voir ailleurs et impossible à tenir sur place. Alors évidemment, à Cuba, j’ai eu le plaisir de ne jamais entendre « Oh, non, ça a l’air loin.. », « Tu es sûre que ça vaut le coup ? », « Tu ne préfères pas rester au bord de la piscine pendant 20 jours ? ». Et, ça m’a fait un sacré bien ! L’autonomie, voilà ce qui m’a plu le plus. L’indépendance est maîtresse de ton voyage, tout est possible !

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Balade en barque sur le lac naturel de Guanaroca (Cienfuegos)

Je ne regrette absolument pas ce voyage, au contraire j’en suis ressortie grandie et plutôt fière. J’avais tellement de liberté, tellement de possibilités de mouvement. Je pouvais faire « à ma manière ». La seule chose qui m’a un peu contrariée a été le fait que je n’ai pas beaucoup osé sortir le soir seule : c’est plus facile à faire à plusieurs. Malgré avoir réussi à surpasser ma peur du premier voyage solo, je n’avais pas réussi à surpasser la peur de la soirée seule dans une ville étrangère. Mais, je suis sortie plusieurs fois boire un verre et écouter de la musique avec les autres voyageurs qui étaient dans ma casa. Cela a un peu compensé ma déception

As-tu rencontré des difficultés en partant seule ?

Au niveau de l’organisation, je n’ai eu aucune difficulté en partant seule. Ayant commencé à m’organiser en décembre, j’ai pu prendre tout mon temps et je n’ai eu aucun problème de réservation ou autre. Les nombreux blogs de voyages que j’ai consulté, mais aussi les conseils des autres voyageuses sur facebook m’ont beaucoup aidé.

A mon grand bonheur, je n’ai eu aucun problème sur place ! Parmi les casa que Danirka avait appelé pour le reste de mon voyage, deux seulement ont été obligées de me refuser car les chambres étaient pleines. Un problème ? Pas du tout ! On m’envoyait chez la cousine ou bien chez la voisine. Les habitants ont tout fait pour me trouver un toit et j’ai eu le bonheur de rencontrer des gens charmants et généreux qui m’ont aidé à pallier à n’importe quel problème.

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Se perdre dans les rues multicolores de Trinidad

La principale difficulté du voyage solo est le partage d’expérience. En effet, tu auras beau raconter ton (tes) aventure(s), personne ne pourra comprendre ce que tu auras vraiment ressenti et vécu. Et c’est ce qui me fait parfois avoir un peu mal au cœur, ressentir quelque chose de fabuleux mais ne pas réussir à le faire partager à 100 %. Savoir qu’un autre a vécu la même chose que soi, c’est le côté positif du voyage à plusieurs. Car oui, ça doit être plus facile à vivre d’attendre un bus local pendant trois heures sous une pluie diluvienne au milieu de la campagne cubaine ou bien de retrouver son chemin dans une ville gigantesque où les noms des rues sont absents du paysage.

As-tu une anecdote ou une rencontre particulière que tu aimerais raconter ?

Mon premier jour à La Havane fût extrêmement angoissant. Je venais de débarquer dans un pays inconnu, au bout du monde. Et encore une fois, je me suis posée cette question : « Mais qu’est-ce que tu fais là ?! ». Après deux jours de petite angoisse (il m’était presque impossible de manger durant ce temps-là), je suis partie en direction de Viñales, une petite ville de campagne entourée de montagnes et de champs. C’est une fille d’un groupe Facebook qui m’avait conseillé la casa où je suis arrivée et je la remercierai tous les jours de ma vie car ce fût la plus belle rencontre sur ces vingt jours passés sur l’île. Carlos et Danirka m’ont accueillie, choyée, nourrie, comme si j’étais leur fille. Soudainement, mon estomac a recommencé à accepter toute nourriture ! Ils m’ont mis dans un état de confiance et de détente absolue (je peux vous dire qu’un mojito fait maison dès mon arrivée, sous le soleil, ça détend !). Danirka m’a trouvé une casa pour chacune de mes étapes dans le pays ; Carlos m’a fait découvrir des endroits et des paysages époustouflants grâce à ses relations dans la ville. Ils se sont tellement bien occupés de moi que je n’arrive pas à trouver les mots exacts pour expliquer toute la reconnaissance que j’ai pour eux. Ils m’ont donné une confiance absolue pour le reste de mon voyage. Grâce à eux, j’ai apprécié chaque étape de mon voyage et j’ai pu goûter au charme de La Havane à mon retour là-bas. Carlos a absolument tenu à me donner une boîte de cigares pour mon père, Danirka m’a fait un pique-nique avant que je parte une journée à la plage. Tant de générosité de la part de personnes qui sont dans le besoin, cela m’a retourné l’esprit et le cœur.

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Carlos et Darnika. Se sentir à la maison malgré les 7500kms de distance (Viñales)

Passer mes soirées dans un rocking-chair (cigare dans une main, mojito dans l’autre) à parler de nos propres traditions culturelles, à rire, faire des blagues et des tours de magie, le tout dans un anglais-espagnol approximatif : c’est bien ce que j’appelle une rencontre particulière.

As-tu comme projet de repartir seule ?

Oui, et encore oui ! Ce premier voyage m’a fait réfléchir sur beaucoup de choses, autant sur moi que sur les autres. Cela m’a fait grandir et mûrir en même temps ; même à 25 ans, il n’est jamais trop tard. Rencontrer des personnes, découvrir une nouvelle culture et se laisser aller, quoi de plus agréable ? J’y ai goûté une fois et je peux dire que le voyage solo est une drogue bien douce. Pour moi, le voyage est ma fuite préférée. C’est un peu facile à dire et peut-être extrêmement naïf, mais j’ai besoin de fuir mon chez moi pour me sentir Moi.

Cela m’a fait grandir et mûrir en même temps (…) j’ai besoin de fuir mon chez moi pour me sentir Moi.

J’ai planifié 10 jours en Norvège pour le mois de Janvier 2017 (direction Bergen et Tromsø) ; les billets d’avion sont réservés ! Après le rêve de Cuba vient le rêve des aurores boréales et des baleines. Mon autre grande envie de voyage solo est l’Islande (je suis d’ailleurs en plein apprentissage de conduite cette année, afin d’avoir plus de liberté de déplacement pour mes futurs voyages).

Mais, cela ne m’arrête pas de continuer les projets de voyages entre amis : la côte Ouest de l’Italie en van avec ma meilleure amie pour l’été 2017 et l’Ecosse avec une autre amie dans le courant de l’année 2017 !

As-tu un conseil pour celles qui hésitent encore ?

Selon moi, comprendre son envie et ses besoins est primordial pour passer un cap comme celui du premier voyage solo. Ce n’est pas seulement en lisant des histoires de voyageurs(ses), en suivant des blogs, en regardant des documentaires qu’il faut faire son choix. Il faut pouvoir plonger au plus profond de soi et se poser les bonnes questions, qui sont au nombre de trois : « En suis-je capable ? », « En ai-je vraiment envie ?», « Vais-je le regretter ? ».

Je pense que c’est aussi une histoire de personnalité et de Soi. En effet, on a toutes nos personnalités, c’est ce qui nous construit et ce que l’on a de plus intime. Et c’est elle qui arrivera à répondre à nos questionnements. J’ai beaucoup d’amis qui m’ont envié mon voyage et ma décision sans oser faire la même chose, d’autres qui rêvent de faire pareil mais qui ne feront jamais le grand saut. Ces personnes savent que cette envie ne fait pas partie intégrantes d’elles-mêmes ou elles ont une manière d’être qui ne s’accorde pas aux voyages solos et à ces « galères » (hygiène, débrouillardise, solitude, etc.).

L’hésitation est un passage obligé aux grandes décisions. L’hésitation est positive, car elle permet de réfléchir et de mettre les choses à plat. Rassurer sa famille en leur expliquant notre parcours de voyage, ne pas partir tête la première dans un pays inconnu sans s’être renseigné au préalable, faire le choix d’un pays pas trop lointain si cela peut rassurer (bon, je n’ai rien à dire à propos de ça puisque j’ai choisi l’autre côté de l’Océan Atlantique…), etc. Autrement dit, ne pas partir par caprice mais par envie.

Quand le temps de la réflexion est terminé, cette envie est tellement présente dans les tripes qu’on la comprend. On comprend ce qu’on veut, ce qu’on est capable de faire ou non. Ce jour-là, on clique sur «Réserver les billets » et on soupire de soulagement. Faire le grand pas, c’est un soulagement pour l’esprit et le début d’une grande aventure.

As-tu un blog ou une page Facebook sur laquelle on peut suivre tes aventures ?

Je n’ai ni blog ni page Facebook mais je me suis récemment créé un compte Instagram avec quelques photos de mes précédents voyages et autres jolis paysages : Travelandcat.

Rien de transcendant comparé à certains blogs magnifiques, mais c’est pour le simple plaisir de partager les beaux paysages que j’ai croisé et que je croiserai dans le futur.

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4 Commentaires

  • Répondre Clémentine 2 décembre 2016 at 17 h 18 min

    Merci à toi pour cette initiative de partage! Je suis toute émue ! Continue comme ça, tu fais un travail au top!

  • Répondre Saha 9 décembre 2016 at 17 h 45 min

    J’ai adoré lire cette interview ! Merci 🙂

  • Répondre Julie lit au lit 11 décembre 2016 at 2 h 28 min

    Merci pour ce partage! Tu es très inspirante!

    J’ai une amie originaire de Tromsø. Je peux te mettre en contact si tu veux.

    • Répondre Clémentine 11 décembre 2016 at 9 h 23 min

      Merci!! Oh ce serait avec plaisir oui, c’est gentil 🙂

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