Histoires de voyageuses

Interview : Annabelle, 21 ans, 3 semaines au Pérou

14 juillet 2017

Comme tous les vendredis, je vous propose de découvrir aujourd’hui le portrait d’une voyageuse en solitaire : Annabelle, qui est partie à 21 ans découvrir le Pérou pendant 3 semaines.

Attention, petit information supplémentaire : étant désormais en voyage, il me sera plus difficile de publier, de façon hebdomadaire, une interview. Celles-ci auront donc désormais lieu tous les 15 jours.

 Peux-tu te présenter en quelques mots ?

C’est toujours difficile comme question. Parler de moi, me présenter, ce que j’ai vu ou fait sans rentrer dans la prétention. Mais j’avouerai que j’adore parler des voyages et des miens en particulier. C’est ce qui me fait vibrer ! Je suis tombée dans cet univers dès ma plus tendre enfance… Avec ma famille nous avions l’habitude de partir un peu partout en Europe. Cette soif de voyage ne s’étant pas rassasiée avec les années, j’ai décidé de faire un BTS Tourisme Ventes et Productions Touristiques en 2008-2010. Deux belles années d’études qui m’ont permis de faire un stage de deux mois dans les Caraïbes … C’était ouf !

A la suite de mon diplôme, j’ai trouvé un emploi de conseillère pour les agences de voyages pendant 4 ans. J’adorais ça, j’avais ça dans la peau ! Ma plus belle déformation professionnelle était de vouloir toujours partir à droite ou à gauche. Après avoir vadrouillé sur tous les continents et visité une trentaine de pays, je suis partie en 2014 pour un voyage plus long cette fois-ci. Le voyage d’une vie. J’ai alors posé mes valises en Allemagne, où je travaille toujours à la Maison du Climat et au Musée de l’Émigration (je m’occupe des touristes). Je donne également des cours de français et d’anglais à des Allemands. Si je continue de voyager ? Je n’ai jamais arrêté !

Pourquoi, quand et où es-tu partie seule ?

Quand j’étais étudiante, je rêvais de l’Amérique du Sud. Quand je dis rêver, c’est vraiment au sens propre du terme car je me souviens certains matins de m’être réveillée déçue de n’être que dans mon lit, à la suite de certains fabuleux rêves ou je gravissais le Machu Picchu ou survolais les lignes de Nazca. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours voulu aller en Amérique du Sud. Ça m’attirait. J’en étais devenue obsédée. Comme je le dis souvent, j’ai toujours voulu aller partout. Mes jolies études en tourisme et ses cours de géographie intenses ont bien sûr favorisé cette soif de voyages et de nouvelles cultures.

Je me souviens, à 21 ans et diplôme obtenu, j’ai trouvé un poste chez un Tour Opérateur à Montpellier. A la fin de mon contrat et avec mon solde de tous comptes en poche, j’ai tout de suite réservé un billet pour le Pérou. J’avais choisi de partir quelques jours à la suite de mon contrat. 3 semaines de road-trip. Seule. Je voulais partir seule, avancer à mon rythme et profiter égoïstement de mon rêve qui allait bientôt devenir réalité.

Le billet, je l’ai pris sur internet ; à l’époque, en 2010 j’avais dû le payer un peu moins de 1000 €. C’était avec la compagnie Iberia, au départ de Toulouse. Pour le reste, j’avais choisi de voir au jour le jour. Je n’avais pas réservé d’hôtels, si ce n’est le premier en arrivant sur Lima. Il s’agissait d’une chaîne d’auberge de jeunesse connue au Pérou et en Bolivie, Loki Hostel (je recommande d’ailleurs à 100 %).

Pour l’argent, j’avais pris 300 $ avec moi que j’avais fait échanger à la banque avant. Je comptais retirer le reste avec ma carte bleue au jour le jour, puisque j’avais une carte internationale qui me prenait très peu de frais. Pour un premier voyage seule avec moi même et mon sac à dos tout neuf en guise de compagnon, je pensais que je ne m’étais pas mal débrouillée.

Y-a-t-il eu des choses qui t’ont fait peur avant de partir ?

Je n’ai pas eu peur avant de partir. Je ne sais pas si c’était par inconscience ou pour la passion que je vouais à l’Amérique latine qui aurait pu m’aveugler, mais je ne me suis posé aucune question. Bien sûr, j’avais entendu parlé de différents faits divers sur des voyageuses en solo, qu’on avait retrouvées mortes au détour d’un chemin. Mais j’entendais aussi que les faits divers, ils se passaient dans mon propre pays. Je me suis promis de faire attention. Des nouvelles à mes proches, je comptais en donner aussi souvent que possible. Même si un accident, ou une mauvaise rencontre sont vite arrivés, ma passion à pris le dessus sur la peur.

Comment ont réagi tes proches à l’annonce de ton projet ?

D’ailleurs mes proches, ils n’étaient pas plus inquiets que ça ! Du moment qu’ils avaient des nouvelles régulièrement, ça allait. Quand j’y pense, avec le recul, c’est fou que mes proches ne se soient pas plus inquiétés que ça. Quand je deviendrais mère, je suis sûre que je serai plutôt affolée à l’idée de laisser partir mes enfants seuls à l’aventure… Alors que je recommande moi même le voyage en solo ! Mais bon, j’ai toujours été débrouillarde et je parlais plutôt bien anglais et même un peu d’espagnol à l’époque. Ne pas avoir de barrière de langue, c’est plutôt rassurant quand on part seul(e). Je dois avouer que c’est un gros avantage. Mes proches me faisaient entièrement confiance, même si, avec de la malchance un malheur est vite arrivé je vous l’accorde !

Peux-tu nous résumer ton voyage ? As-tu une anecdote ou une rencontre particulière que tu aimerais raconter ?

Mon voyage au Pérou s’est déroulé sur 3 semaines. J’ai monté mon itinéraire moi-même en fonction de ce que je voulais voir et ai choisi de faire une boucle dans le sud du pays. Je voulais bien entendu voir les incontournables, à savoir le Machu Picchu et les lignes de Nazca. Je voulais également voir le plus haut lac du monde qui me faisait tant rêver, le lac Titicaca. Mais les imprévus du voyage en solo font que j’ai dû revoir mes plans. On rencontre des gens, on s’entend bien, on décide de faire un bout de route ensemble et d’adapter son voyage. Le lac, je ne l’ai pas vu. C’est bien dommage ! Mais j’ai fait autre chose ! J’ai rencontré des gens formidables avec qui j’ai encore des contacts aujourd’hui. Je me souviens également de cette petite fille rencontrée au détour d’une ruelle, avec laquelle j’ai échangé quelques mots. Son quotidien m’avait paru si proche le temps d’un instant.

Mon plus beau souvenir est, sans surprises, la découverte du Machu Picchu qui apparaît comme par mirage à la suite d’un virage. Je m’en souviendrai toute ma vie.

Une anecdote ? Je suis pratiquement tombée dans une plaque d’égout ! A Lima, les plaques d’égout sont de grosses grilles dont les fentes font bien une quinzaine de centimètres. En bonne maladroite que je suis, je me souviens que je ne l’avais pas vue cette maudite grille ! Et j’ai marché droit dessus… Je me suis donc retrouvée coincée au milieu d’une avenue avec une de mes jambes en position d’angle droit, complètement enfoncée dans la plaque, tandis que les passants me prenaient en photo ! Une autre anecdote pour la route, pendant ce voyage j’ai eu l’occasion de goûter du cochon d’Inde… et du lama ! Et dire que quelques heures plus tôt, j’avais fait un câlin à l’un de ses cousins !

Qu’est-ce qui t’a le plus plu dans ton voyage en solo ?

Voyager en solo, c’est être avant tout être maître de sa route, de ses choix. Voyager en solo c’est donc ne pas se plier aux souhaits des autres voyageurs du groupe qui, en plus, n’auraient pas forcément la même manière de voyager que toi… Et je parle en connaissance de cause ! Je suis partie un jour avec un groupe d’amis au Mexique pour un road-trip de 15 jours. Bien qu’étant tous d’accord avant de partir sur le genre d’hôtels qu’on voulait avoir, il s’est avéré que mes amis ont préféré séjourner dans des villas ou des haciendas mexicaines… Bien entendu, au Mexique, ce n’est pas hors de prix, mais quand même plus cher qu’un hostel de backpackers. Moi quand je suis en road-trip, seule ou en groupe, je suis plutôt du genre auberge de jeunesse et éventuellement hôtel de moyenne gamme… Et hors de questions de manger tous les jours au resto. Mes amis n’ont pas vu la chose de la même manière, et je peux vous avouer que j’ai eu du mal à suivre financièrement. Ma bourse était, comment dire… plus allégée que prévu à la fin du voyage ! Mais ce ne fut qu’une expérience parmi tant d’autres !

Ne vous méprenez pas, vous qui adorez voyager en petit groupe ou avec votre moitié. J’adore aussi voyager avec mon homme. Mais tous les deux, on a la même conception du voyage, donc ça aide ! Mais voilà, si je devais défendre l’art du voyage en solo, je dirais que c’est conserver son autonomie, tout en faisant de jolies rencontres. Car en plus, étant seule pendant son voyage, on est forcément poussée à aller vers les autres et les rencontres sont parfois surprenantes ! Sans parler de l’enrichissement sur le plan personnel. On en revient changée, et peut être même plus sûre de soi !

Est-ce que tu regrettes d’être partie seule ?

Je n’ai jamais regretté un voyage, quelque soit la forme du voyage. Je n’ai donc absolument pas regretté d’être partie seule au pays des lamas. Il m’est arrivé, cependant, de me dire que j’aurai pu faire d’autres choix pour ce voyage. De faire les choses différemment. Comme par exemple de ne pas laisser 100 $ en liquide dans la poche de mon jeans. Un petit péruvien que je n’ai pas vu à temps a dû être plutôt content de son larcin ce jour-là. Je n’ai plus jamais laissé autant de liquide dans l’une de mes poches… Et maintenant, en voyageuse aguerrie, je connais d’autre techniques pour cacher mon argent. Mais après tout, ne dit-on pas qu’on apprend de ses erreurs ?

As-tu un conseil pour celles qui hésitent à partir seules ?

Comme pour tout voyage, il y a naturellement des principes à respecter. Etre discre.ète et ne pas exhiber ses appareils de dernière technologie ou les laisser sans surveillance par exemple, cela va de soi ; mais si on est pas habitué.e, on n’y pense pas toujours ! Pour les femmes qui partent en solo, s’ajoute à cela, la vigilance constante. Dans certains pays, le statut de la femme n’est pas le même qu’en Europe. Il faut donc respecter les moeurs et les coutumes. J’ai vu des voyageuses en Inde se balader avec des mini shorts et des petits débardeurs de rien du tout… De quoi attirer toute l’attention sur soi ! Bien entendu, même en faisant attention, on n’est à l’abri de rien, mais il faut toujours minimiser les risques de s’attirer des ennuis.

De plus certaines ne veulent pas partir seules car elles ont également peur de s’ennuyer. Je trouve ça dommage d’être freinée par cette idée, d’autant plus qu’on fait toujours un tas de rencontres surprenantes et parfois magiques quand on part seule, que l’on n’aurait pas forcément faites en partant à deux ou en groupe. Etre seule en vadrouille, c’est aller vers les autres.

S’ajoute à cela, les proches qui essayent de vous dissuader, parce qu’ils trouveront ça dangereux, parce qu’ils seront inquiets… N’écoutez que votre cœur ! Partez sur les routes du voyages, tout en restant vigilante et en profitant de l’instant présent, c’est possible ! Etre seule en voyage, c’est aussi un dépassement de soi. On revient toujours enrichie d’un voyage en solo.

C’est une expérience initiatique incroyable. Alors mon seul conseil serait : allez-y, foncez !

As-tu comme projet de repartir en solo ?

J’ai toujours tout un tas de projets voyages. Repartir en solo ? Si l’occasion se présente, je foncerai ! Mais je ne suis pas du genre à programmer un voyage en fonction de qui pourrait partir avec moi. Je prévois un voyage en fonction de mes envies. Je voyage avant tout pour voir du pays et rencontrer d’autres cultures, et non pas parce que j’ai envie de passer du temps avec quelqu’un. Bien entendu, si je peux combiner les deux, je prends aussi !

Je suis d’ailleurs aujourd’hui en couple avec un Allemand, rencontré lors d’un séjour en Espagne. Il est aussi mordu de voyages, et je n’ai pas à le prier pour qu’il m’accompagne ! Mais, s’il ne peut pas partir, s’il n’a pas les mêmes vacances et que j’ai une envie soudaine d’aller vadrouiller, cela ne me dérangerait pas de partir seule ! J’avouerai quand même que, depuis que nous sommes ensemble, j’ai découvert le voyage en couple. J’ai d’ailleurs appris quelque chose de nouveau depuis que je voyage avec lui, l’art de faire des concessions sur ce que chacun avait envie de voir !

As-tu un blog / une page facebook / un compte instagram sur lesquels on peut suivre tes aventures ?

Mes aventures ? Je les raconte sur un blog, Travelling with Annabelle, où je fais le récit de mes voyages. Entre conseils, histoires, anecdotes, je raconte également ma vie d’expatriée en Allemagne avec humour. J’ai également un compte Facebook, Twitter, et Instagram où il est possible de suivre mes péripéties autour du globe.

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