Histoires de voyageuses

Interview : Angélique, 20 ans, 1 mois et demi en Irlande

6 janvier 2017

Comme tous les vendredis, je vous propose de découvrir aujourd’hui le portrait d’une voyageuse en solitaire : Angélique, qui est partie à 20 ans parcourir l’Irlande pendant un mois et demi.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Angélique, 20 années de vie. Je suis de Nœux-les-Mines dans le Nord-Pas-de-Calais bien que je rêve de montagne et d’espace sauvage. Petit bout d’aventurière en quête de découverte et de spiritualité et grande amoureuse de la nature, je suis passionnée par les voyages depuis ma plus tendre enfance.

Cela fait seulement 2 ans que je me suis mise à voyager et seule de surcroit, soit depuis ma majorité car mes parents me l’interdisaient auparavant. C’était donc déterminée et enthousiaste que j’ai pris l’avion pour la première fois dès mes 18 ans : Etats-Unis, Angleterre, Espagne, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Égypte… J’essayais de voyager le plus possible durant les vacances scolaires bien que cela ne soit pas facile à concilier avec les jobs d’été car il me fallait bien financer un minimum mes escapades, même si je voyage de façon alternative et économique.

Quant à mon occupation… Il y a encore un mois de cela, j’aurais pu répondre étudiante en 3ème année de droit mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Récemment (il n’y a même pas 1 mois à vrai dire), j’ai tout plaqué (appartement, études…) pour réaliser mes rêves et voyager à temps plein !

Pourquoi, quand et où es-tu partie seule ?

Lasse de la routine et exténuée de repousser mes rêves à demain, j’ai pris mon sac à dos et je suis partie à l’Aventure en juin 2016. Direction l’Irlande pour 1 mois et demi de voyage et de trekking ! Avide de contes et de légendes, adorant la culture celtique, fascinée par la magie, amoureuse du vert et de la nature ; il ne faisait aucun doute que mon âme me poussait depuis déjà plusieurs années vers le pays des leprechauns et c’est avec joie que je répondis à l’appel de mon cœur.

Je ne dirais pas que je suis partie sur un coup de tête car cela serait faux ; cela faisait déjà plusieurs mois que je préparais mon voyage la tête dans les étoiles, notamment au niveau du matériel et des cartes de randonnées. Mais la décision en elle-même fut prise sur un coup de tête (et de cœur !).

J’ai vadrouillé à travers toute l’Irlande et une petite partie de l’Irlande du Nord. Gros coup de cœur pour la région du Wicklow et du Connemara. Mention spéciale pour les villes de Dingle et de Kilkenny. J’ai adoré aussi la Wicklow Way (rando de 6 jours dans le parc national de Wicklow), l’ascension de Diamond Hills (parc national du Connemara), l’ascension du Mont St Patrick et la rando autour des lacs dans la vallée de Glendalough. Falaises de Moher, Chaussée des Géants, Abbaye de Kylemore… j’ai aussi fait tous les incontournables. Au final, mon endroit favori fut incontestablement le château de Blarney et ses jardins féériques et magiques !

Auto-stop et camping sauvage pour la première fois de ma vie, couchsurfing et imprévus de dernière minute, j’ai gagné en débrouillardise et ce dernier voyage en date fut très formateur.

Quant à l’idée de partir seule, cela m’est venue tout naturellement étant donné que je voyage de cette façon depuis maintenant 2 ans.

Y-a-t-il eu des choses qui t’ont fait peur avant de partir ?

Bien entendu, j’avais un peu d’appréhension avant le grand départ et même plusieurs mois avant. Non sur le fait de voyager seule (je l’avais déjà fait auparavant bien que cela fut toujours pour de courtes périodes 2 semaines max et jamais pour plus d’un mois et demi). Non, ce qui m’inquiétait davantage, c’était la forme du voyage que j’avais choisi : je voulais partir en trek en autonomie toute seule dans la nature. Dormir sous les étoiles au sein de la nature, méditer par la marche, me ressourcer etc… Or, je n’avais encore jamais fais de camping sauvage de toute ma vie.

Je me suis bien entendu entraînée à monter et démonter ma tente dans le jardin avant le départ mais j’avais toujours la peur de ne pas trouver d’endroit convenable où planter ma tente une fois sur place. Et la peur aussi de me faire attraper par la police car officiellement, le camping sauvage est interdit (bien que toléré officieusement).

Et puis, j’avais aussi quelques craintes concernant l’auto-stop, je n’en avais jamais fait non plus, ni seule ni avec des amis. Je me demandais donc si cela serait facile, quel genre de rencontre je ferais d’autant plus que je suis une fille seule. Néanmoins, ce fut assez facile de passer outre cette appréhension car je suis passionnée par les voyages et la nature et que cette passion surpasse la moindre de mes peurs. Je me contente d’écouter mon cœur et de réaliser mes rêves.

On me disait que je ne serais jamais capable de tenir toute seule dans la nature, que je ne tiendrais pas une nuit en camping sauvage, que je partais trop longtemps et que j’allais revenir en moins d’une semaine en pleurant…

Mais aussi car mes proches me rabaissaient continuellement avant mon départ, notamment mon père. On me disait que je ne serais jamais capable de tenir toute seule dans la nature, que je ne tiendrais pas une nuit en camping sauvage, que je partais trop longtemps et que j’allais revenir en moins d’une semaine en pleurant… Bref, ce genre de choses pas très agréable. Mais ce fut un mal pour un bien car cela me donna de la motivation supplémentaire, la détermination de prouver à mes proches de quoi je suis capable !

Comment ont réagi tes proches à l’annonce de ton projet ?

Comme je l’ai dit plus haut, mon père a ricané et s’est moqué de moi, et cela durant plusieurs mois. Mais n’étant pas très proche de lui, je suis passé outre. Quant à ma mère, elle était folle d’inquiétude ! Elle s’imaginait mille dangers ! J’allais tomber sur des automobilistes mal intentionnés, me blesser gravement en randonnée, m’épuiser etc… Elle n’a pas eu tout à fait tort d’ailleurs pour certaines de ses inquiétudes mais bon, les voyages forment la jeunesse ! Quand on part à l’aventure, il faut aussi accepter une dose de mésaventure. Bref, elle fut très anxieuse et paniquée, même durant le voyage. D’ailleurs, c’est avec des pleurs et des larmes qu’elle m’amena à l’aéroport le jour du départ.

Pour le reste de ma famille, mon voyage était une lubie de jeunesse, cela allait passer. Ils ne comprenaient pas que c’était une passion qui me dévorait depuis l’enfance. Je me faisais aussi réprimander sèchement car je causais de l’inquiétude à ma pauvre mère. J’étais une enfant ingrate, ne pensant qu’à ses rêves. Pour faire court, aucun soutien et beaucoup de critiques.

Concernant mes amis, j’eus aussi beaucoup d’incompréhension de leur part : « Pourquoi partir à l’aventure et renoncer au confort ? », « Comment vas-tu faire pour te laver lorsque tu seras en autonomie ? Dans les rivières avec un savon ? Berk ! », « Je ne te comprends pas », « Tu vas tomber sur de sales types en auto-stop », « Maitriser un homme et avoir le dessus sur lui avec tes 1m51 ? Ne te surestime pas trop ! », « Je préfère rester au chaud et manger avec appétit plutôt que de bourlinguer dans la boue et la nature » etc… Ce serait donc un euphémisme de répondre qu’ils ont mal réagis…

Quant à les rassurer… J’ai bien tenté de leur expliquer que je savais me débrouiller toute seule et que je suis capable de me défendre si jamais je me faisais agresser mais cela ne les a pas convaincu… J’ai donc cessé de perdre mon temps en explication. C’est ma vie ! Mes rêves ! Qu’ils les acceptent ou non ne changera rien ! Ils n’ont aucun contrôle sur moi et seul mon cœur a le leadership sur mes décisions !

Qu’est-ce qui t’a le plus plu dans ton voyage en solo ?

La liberté ! J’aime virevolter au gré de mes envies et ne faire aucun compromis !

Il y a aussi l’introspection et la méditation : j’aime savourer l’instant présent et m’imprégner des lieux, quitte à admirer la nature plusieurs heures durant, sans agitation aucune. Chose impossible lorsque l’on voyage à plusieurs.

Les rencontres aussi, car lorsque l’on voyage seule, nous sommes finalement rarement seule. Les gens viennent plus facilement vers vous. En tant que fille voyageant toute seule, vous attirez leur confiance et leur sympathie.

Les langues : voyager à plusieurs, c’est prendre le risque de parler français entre vous. Lorsque l’on voyage seule, nous sommes forcés de pratiquer l’anglais constamment et cela améliore notre niveau de langue de par la pratique sur la durée.

Enfin, la culture : je trouve que lorsque l’on voyage seule, nous sommes plus ouvert sur le monde !

Est-ce que tu regrettes d’être partie seule ? Y-a-t-il des choses que tu ferais différemment avec le recul ?

Non ! Je ne regrette absolument pas d’être partie seule, bien au contraire ! J’aime la liberté et l’absence de compromis. Faire ce qu’il me plait au moment où j’en ai envie. Me poser plusieurs heures dans la nature, m’imprégner de l’atmosphère et méditer sans personne aux alentours…

Mais il m’est tout de même arrivé une ou deux fois de regretter d’être seule, notamment lors de gros coups durs. J’aurais aimé avoir une épaule solide pour me réconforter et aller de l’avant. Mais je me suis bottée les fesses et je suis passée outre les mauvais moments ; avec le temps, j’en suis très heureuse. J’ai évolué de façon positive, j’ai gagné un peu plus en confiance en moi et après coup, je ne regrette pas ces moments-là : cela a forgé un peu plus ma personnalité et j’ai gagné en force.

Quant au voyage en tant que tel, avec le recul, il y a bien des choses que j’aurais faites autrement ; certaines décisions, certains itinéraires…

La forme du voyage aussi car le camping sauvage n’est pas vraiment l’idéal en Irlande et mon sac était trop lourd avec tout le matériel de camping et les provisions (20-21 kg). Par la suite, après une blessure à l’épaule, une tendinite douloureuse et les conseils du médecin, j’ai dus renoncer aux randos sur plusieurs jours. Je me démenais alors pour trouver un endroit sécurisé où laisser gratuitement mon gros sac de 80L (office de tourisme, restaurants, cafés) pour partir en rando à la journée, le dos soulagé et libre avec un petit sac-à-dos contenant le strict nécessaire (papier, eau, médicaments, argent).

Moi qui avais choisi le trekking en autonomie pour la liberté, cela fut l’effet inverse et j’ai perdu en liberté et en plaisir à cause de ce sac trop chargé. Avec le temps, je ne vois vraiment pas comment j’aurais pu l’alléger. Je n’avais qu’une paire de chaussures : des goretex à mes pieds. Seulement 2 pantalons et 1 short. Un polaire, deux tee-shirts, deux pulls en mérinos et un Softshell. Une petite trousse de toilette, un gant de toilette et une serviette en microfibre etc… Non, ce qui fut le plus lourd était le matériel de camping (Ultralight pour la plupart), la batterie solaire, mon reflex, la trousse à pharmacie et l’eau. Bref, tout ce qui était indispensable…

C’est dans ce genre de voyage que je regrette d’être seule car à deux, nous aurions pu nous partager le matériel et dormir dans la même tente. Mon dos aurait été allégé et j’aurais pris plus de plaisir à crapahuter. Je ne pense pas réitérer ce genre d’expérience seule pour le moment car partir en autonomie plusieurs semaines et porter tout le matériel toute seule lorsque l’on fait 50 kg, c’est assez dur.

Mais toutes ces choses ont fait de mon voyage ce qu’il est aujourd’hui et je ne regrette donc rien ! Il est inutile de ressasser le passé, j’aime aller de l’avant et garder ma positivité ! Ce fut quand même un super voyage !

As-tu rencontré des difficultés en partant seule ?

La plus grosse difficulté fut le poids de mon sac comme je l’ai expliqué plus haut. A deux, c’est plus facile car l’on peut se répartir les charges et le matériel de camping. Mais lorsque je voyage de façon plus conventionnelle (juste du couchsurfing et pas de camping sauvage), je ne rencontre pas ce problème car je voyage léger.

Il y eu aussi quelques mésaventures (vol de téléphone, hôte en couchsurfing qui mît ma vie en danger, blessures en rando) bien que je ne sois pas convaincue que cela aurait changé quoi que ce soit si j’étais partie avec une autre personne.

Par contre, il y a bien un incident qui s’est produit en auto-stop et qui n’aurais jamais eu lieu si je n’étais pas toute seule : durant mon voyage, je suis tombée sur un automobiliste très entreprenant, marié et ayant le double de mon âge. Durant toute la route, il n’a cessé de me faire des avances malgré mon refus catégorique. Il me faisait des propositions malsaines et après être descendue de sa voiture, il m’a retrouvée sur le site de couchsurfing et s’est créé un compte spécialement pour communiquer avec moi, persuadé que nous avions eu un bon feeling ! Il m’a harcelée plusieurs fois par semaine pendant 2 mois et je faisais constamment la morte. Aujourd’hui, je ne suis plus embêtée heureusement.

Note : Angélique parle plus en détails de sa mésaventure dans un article sur son blog.

As-tu une anecdote ou une rencontre particulière que tu aimerais raconter ?

Pour ce qui est des rencontres, j’en ai fait une multitude ! Car voyager seule, c’est aussi faire beaucoup plus de rencontres que si l’on était en couple ou entre amis. J’ai rencontré tellement de personnes généreuses, avec le cœur sur la main, prêtes à m’aider. Il y a les automobilistes qui profitent du trajet pour me montrer quelques coins de beauté près de chez eux et ce qui devait être un simple itinéraire en voiture se transformait en balade dans la nature. Il y eu aussi tous les hôtes chez qui j’ai fait du couchsurfing. Des gens formidables avec qui j’ai gardé le contact pour la plupart.

Mais il y a bien une rencontre particulière emplie de gentillesse et d’altruisme que j’aimerais raconter : Janet, une professeure d’université qui me pris en stop jusque Cork et qui me donna 50 € pour que je prenne le bus et évite de faire de l’auto-stop, inquiète pour ma sécurité. J’ai bien tenté de refuser au départ, gênée par tant de générosité mais je finis par l’accepter sous ses insistances. Je tins ma promesse mais rapidement, je me remis à l’auto-stop car traverser l’Irlande en large et en travers demande un sacré budget transport et les bus ne sont pas pour rien. Mais j’aurais peut-être évité quelques mauvaises rencontres grâce à sa prévenance et sa bonté. Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre des personnes aussi bienveillantes !

 As-tu un conseil pour celles qui hésitent à partir seule ?

Écoutez votre cœur et partez à la conquête du bonheur ! Ne laissez pas la peur obscurcir votre jugement et noyer vos rêves. Ne cherchez aucune excuse car vous arriverez toujours à en trouver. Pas besoin d’être riche comme Crésus pour partir en voyage, il suffit de sortir de sa zone de confort, d’aller à l’aventure et de voyager de façon alternative et économique. Faites du volontariat, bossez un peu sur place, économisez, tous les moyens sont bon !

Quant au travail et au manque de temps, j’ai tout plaqué et maintenant je suis libre et épanouie ! N’ayez pas peur de l’inconnue. Si vous n’êtes pas heureuse dans votre vie, n’ayez pas peur de tout quitter. Soyez seulement à l’écoute de vous-mêmes. Ne renoncez pas à votre bonheur et ne mettez pas entre parenthèse votre épanouissement.

Pour ce qui est des problèmes de santé, il y des bloggeuses qui voyagent aux 4 coins du monde en fauteuil roulant alors tout est possible. Il y a même des voyageurs solitaires de 90 ans. Il suffit de le vouloir vraiment ! Si vous ne réalisez pas vos rêves maintenant, vous le regretterez toute votre vie.

Je partage donc avec vous mon leitmotiv qui est le meilleur conseil que je puisse donner à toutes celles qui hésitent encore :

« Dans 20 ans, vous serez plus déçu par ces choses que vous n’avez pas faites que par celles que vous avez faites. Alors larguez les amarres. Mettez les voiles et sortez du port ô combien sécurisant. Explorez. Rêvez. Découvrez » Mark Twain

As-tu comme projet de repartir seule ?

Bien sûr que oui ! J’adore voyager seule, j’aime la liberté que cela me procure ! Tous mes sens sont en éveil et la vie est plus intense ! Je compte voyager toute ma vie d’ailleurs et augmenter le degré d’aventure au fur et à mesure ! Partager la vie de tribus aborigènes, gravir les sommets et explorer des endroits hostiles entre autres (lorsque j’aurais acquis suffisamment d’expérience bien entendu).

En 2017, j’ai prévus plusieurs trips à travers l’Europe, notamment 2 mois en Italie. Et en janvier 2018, je pars vivre et voyager 1 an en Nouvelle-Zélande sur les terres de Tolkien ! J’ai tellement hâte !!!

As-tu un blog ou une page facebook sur laquelle on peut suivre tes aventures ?

Oui, j’ai monté mon blog de voyage et d’aventure il y a un mois maintenant et vous pouvez donc suivre mes petites aventures sur mon blog : Aventureusement vôtre et via Facebook.

Le but de ce blog est de vous inspirer, vous aider à sauter le pas et vous prouver que tout est possible car le monde a désespérément besoin de plus de gens passionnés et heureux. Je suis une éternelle optimiste qui rêve d’un monde tout en couleurs où les gens se battraient pour réaliser leurs rêves et atteindre le bonheur !

Vous pourriez aussi aimer

2 Commentaires

  • Répondre Ophélie Pigier 7 janvier 2017 at 10 h 47 min

    Whaou, cette fille a dit tout ce que je vis ! Notamment en ce qui concerne les proches qui ne comprennent pas pourquoi on est comme ça, pourquoi on a besoin de vivre des choses que beaucoup redoutent. J’ai des rêves pleins la tête et j’espère tous les vivre un jour. J’envisage mon premier voyage en solo et les paroles que je viens de lire me confortent dans cette idée. Merci pour cet article (:

    • Répondre Agnès 7 janvier 2017 at 15 h 47 min

      Merci pour ton commentaire 🙂 Je suis ravie que le témoignage te parle, c’est justement ce que je voulais en partageant toutes ces interviews ! Bon courage pour ton premier voyage solo ; où penses-tu partir ?

    Répondre